La technique du dragueur expliquée en 4 actes
"Qu'en un jour, qu'en un lieu, un seul fait accompli.
Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli." (Boileau)
Telle pourrait être la devise du dragueur du RER le dimanche. L'unité de temps étant définie, ici, par le temps d'attente d'un train voire même la durée du trajet, le lieu étant un quai de gare, un wagon de train (évidemment cela peut être transposé au dragueur de bus, de bar, de...), l'action étant d'emballer une cible (dans cette démonstration la cible est votre rédactrice favorite, à savoir moi-même), le public peut être varié ça peut aller de la cible (ou victime) aux voisins d'attente du train.
Acte I: Où le dragueur identifie sa cible et établie le contact...
La cible est assise sur un banc, toute de YSL maquillée (merci à une copine qui bosse dans les cosmétiques!), habillée façon casual (bottes, jean, tee-shirt gap tout neuf, veste noire gap)... bref une fille un dimanche après un brunch près de l'hôtel de ville avec des copains et une promenade dans paris (cour st émilion, champs-élysée). Détail important la cible est sensible à l'environnement extérieur car son lecteur mini-disc est tombé en panne de batterie pendant l'après-midi.
Le dragueur vient poser son séant sur le siège à côté de la cible. Inutile de préciser que d'autres sièges sont libres.
A ce moment-là, la cible peut encore prétendre qu'elle n'a pas vu la manoeuvre. Rappelons que le dragueur est pressé par le temps, si la cible ne fait pas mine de regarder dans sa direction il commence à essayer de lui parler c'est: le contact.
Il engage donc la conversation: "Bonsoir".
La victime, oreilles découvertes, n'a que deux options:
- faire semblant d'être sourde (mais elle n'a pas fini d'apprendre le langage des signes et le peu qu'elle sait dire, à savoir "Quasimodo, c'est le bordel dans le placard" et "Quasimodo, je t'aime on fait la fête", ne peut pas lui servir dans cette situation).
- l'ignorer... soit il a une fierté et il stoppe là (mais que la victime n'y compte pas, hélas ce scénario n'arrive que dans 0.1% des cas) soit il va tenter le contact physique (une tape sur l'épaule par exemple) ou tenter d'entrer dans le champ visuel de la victime en se penchant désespérément
-lui répondre
Ici la victime a choisi de laisser une chance au dragueur afin qu'il garde sa dignité en ne répondant pas. Il retente donc un bonjour en se penchant. Maintenant impossible de prétendre qu'on ne l'a pas vu (vêtu d'une casquette, d'une vieille veste en jean et d'un jean, l'air pas bien rasé, les cheveux gras, un pseudo accent racaille). La victime murmure un vague "bonsoir" sans le regarder et en jetant un oeil désespéré à sa montre en priant pour que le train arrive vite. Court silence, la cible reprend espoir...
"T"as quel âge?" question du dragueur. La cible retente, le silence. Re-mouvement de tête du dragueur: "T'as quel âge?". La cible répond: "ça ne vous regarde pas, c'est indiscret comme question." La victime se dit que le dragueur se renseigne juste pour éviter le détournement de mineure. Le dragueur ne se démonte pas: "T'es célibataire? Moi je suis célibataire. Je sais que t'es célibataire, je sens ces choses moi je suis un ancien businessman". La cible soupçonne que le business en question devait être soit de la revente de narcotiques soit de la vente de téléphones portables TDC(*). Là, la cible tente une feinte consistant en l'invention rapide d'un copain imaginaire: "Désolée j'ai un copain". Le dragueur dit qu'il ne la croit pas et demande le numéro de téléphone de la victime (eh oui le temps passe vite et le temps est précieux pour le dragueur!). La victime, pour renforcer sa ruse, répond qu'elle ne veut pas donner son numéro et qu'en plus son copain n'apprécierait pas qu'elle donne son numéro à un inconnu. La victime en profite pour sortir son bloc et se mettre à préparer ses cours pour montrer que la discussion est terminée. Lui: "Tu veux pas me parler, c'est ça? tu veux pas qu'on échange nos numéros?". Elle: "oui vous avez compris".
Il se lève et s'éloigne. Fin de l'acte I.
Acte II: où le dragueur tente alors de destabiliser sa proie pour la fragiliser et mieux attaquer après...
La tranquillité dure peu et le dragueur revient. "C'est pas possible t'es célibataire". En réponse, toujours le silence. Il renfonce le clou, elle répond: "pensez ce que vous voulez moi je sais ce que je dis". Lui: "non non c'est pas possible que tu ais un copain parce que sinon il serait là". La victime se dit qu'il a une conception du couple version siamois... mais non le bougre est très fort et va tenter un coup pas mal du tout. Un coup de poker, il commence à croire à l'histoire du copain et tente donc d'entamer la confiance de sa proie: "c'est pas possible que t'ais un copain. Obligé il serait là avec toi ou sinon... ça veut dire qu'il t'aime pas". Pas mal tenté surtout vu la suite: "moi si t'es ma copine, je te quitte pas. Alors tu vas où? tu rentres chez toi?". Pendant cette tirade, la victime a eu envie de rire mais se retient: "ça ne vous regarde pas où je vais. Ce n'est pas vos affaires". Il semble avoir compris et de nouveau il s'éloigne.
Acte III: où le dragueur revient pour essayer d'en mettre plein la vue à sa victime et de l'appâter de façon sournoise...
30 secondes se sont écoulées. La cible est installée dans le train et est un peu sur ses gardes car il lui semble avoir vu le dragueur monter dans le wagon. Effectivement le dragueur débarque et s'installe sur le siège d'à côté: "Tu veux pas me donner ton numéro parce que tu me connais pas. Mais si tu me le donnes, parce que je descends au prochain arrêt, on s'appelle et tu fais mieux ma connaissance." La cible qui en a marre, rappelons qu'elle tente de travailler, répond: "Je pense que vous m'avez mal compris. Je n'ai pas envie de faire connaissance avec vous. Peut-être vous êtes bon en business mais là ça ne marche pas." Lui: "Non mais écoute. Moi je suis doué en business, je devine les chiffres et je gagne de temps en temps aux courses. Bientôt je vais gagner et être très riche et là j'aurais toutes les filles qui me courront après...". En plus, le dragueur véhicule de vieux clichés selon lesquels les femmes ne s'intéressent qu'au fric...La victime a vraiment envie de rire! Il continue: "mais là tu vois je cherche une copine et je te dis qu'on peut s'appeler et faire connaissance un autre jour parce que t'es belle et que ton copain est pas là et que moi je me dis que c'est mieux que tu sois ma copine". Elle: "désolée pour toi mais non. ça ne m'intéresse pas." On approche de la station du dragueur. Il se lève et là va essayer de brûler sa dernière cartouche...
Acte IV: où le dragueur brûle sa dernière cartouche et joue sur la concupiscence et la libido de sa victime...
Cet acte est très court et reflète le désespoir du dragueur. Il se lève, le train va s'arrêter et, arrivé face aux escaliers, se retourne, lance un dernier regard à la ciblle et l'interpelle... et là! le clou de son spectacle... il lui dit: "c'est dommage on aurait fait l'amour comme des fous". Une voisine de la victime pouffe de rire derrière son livre, la victime se retient d'éclater de rire et attend qu'il soit sorti du train.
Un avis aux messieurs, la dernière tentative du dragueur est à tenter uniquement lorsque l'on a une carrure d'apollon et une belle gueule... sinon la phrase est à hurler de rire et ne pourra pas faire fléchir la victime.
Dragueurs du monde entier, fils spirituels de Jean-Claude Dus courage à vous...vous me faites bien rire.
Victimes du monde entier, un manuel de la victime devrait sortir bientôt aux éditions "Vous habitez chez vos parents?" dans la collection "c'est quoi ton numéro?", courage à vous aussi.
(*) TDC = Tombé du camion
Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli." (Boileau)
Telle pourrait être la devise du dragueur du RER le dimanche. L'unité de temps étant définie, ici, par le temps d'attente d'un train voire même la durée du trajet, le lieu étant un quai de gare, un wagon de train (évidemment cela peut être transposé au dragueur de bus, de bar, de...), l'action étant d'emballer une cible (dans cette démonstration la cible est votre rédactrice favorite, à savoir moi-même), le public peut être varié ça peut aller de la cible (ou victime) aux voisins d'attente du train.
Acte I: Où le dragueur identifie sa cible et établie le contact...
La cible est assise sur un banc, toute de YSL maquillée (merci à une copine qui bosse dans les cosmétiques!), habillée façon casual (bottes, jean, tee-shirt gap tout neuf, veste noire gap)... bref une fille un dimanche après un brunch près de l'hôtel de ville avec des copains et une promenade dans paris (cour st émilion, champs-élysée). Détail important la cible est sensible à l'environnement extérieur car son lecteur mini-disc est tombé en panne de batterie pendant l'après-midi.
Le dragueur vient poser son séant sur le siège à côté de la cible. Inutile de préciser que d'autres sièges sont libres.
A ce moment-là, la cible peut encore prétendre qu'elle n'a pas vu la manoeuvre. Rappelons que le dragueur est pressé par le temps, si la cible ne fait pas mine de regarder dans sa direction il commence à essayer de lui parler c'est: le contact.
Il engage donc la conversation: "Bonsoir".
La victime, oreilles découvertes, n'a que deux options:
- faire semblant d'être sourde (mais elle n'a pas fini d'apprendre le langage des signes et le peu qu'elle sait dire, à savoir "Quasimodo, c'est le bordel dans le placard" et "Quasimodo, je t'aime on fait la fête", ne peut pas lui servir dans cette situation).
- l'ignorer... soit il a une fierté et il stoppe là (mais que la victime n'y compte pas, hélas ce scénario n'arrive que dans 0.1% des cas) soit il va tenter le contact physique (une tape sur l'épaule par exemple) ou tenter d'entrer dans le champ visuel de la victime en se penchant désespérément
-lui répondre
Ici la victime a choisi de laisser une chance au dragueur afin qu'il garde sa dignité en ne répondant pas. Il retente donc un bonjour en se penchant. Maintenant impossible de prétendre qu'on ne l'a pas vu (vêtu d'une casquette, d'une vieille veste en jean et d'un jean, l'air pas bien rasé, les cheveux gras, un pseudo accent racaille). La victime murmure un vague "bonsoir" sans le regarder et en jetant un oeil désespéré à sa montre en priant pour que le train arrive vite. Court silence, la cible reprend espoir...
"T"as quel âge?" question du dragueur. La cible retente, le silence. Re-mouvement de tête du dragueur: "T'as quel âge?". La cible répond: "ça ne vous regarde pas, c'est indiscret comme question." La victime se dit que le dragueur se renseigne juste pour éviter le détournement de mineure. Le dragueur ne se démonte pas: "T'es célibataire? Moi je suis célibataire. Je sais que t'es célibataire, je sens ces choses moi je suis un ancien businessman". La cible soupçonne que le business en question devait être soit de la revente de narcotiques soit de la vente de téléphones portables TDC(*). Là, la cible tente une feinte consistant en l'invention rapide d'un copain imaginaire: "Désolée j'ai un copain". Le dragueur dit qu'il ne la croit pas et demande le numéro de téléphone de la victime (eh oui le temps passe vite et le temps est précieux pour le dragueur!). La victime, pour renforcer sa ruse, répond qu'elle ne veut pas donner son numéro et qu'en plus son copain n'apprécierait pas qu'elle donne son numéro à un inconnu. La victime en profite pour sortir son bloc et se mettre à préparer ses cours pour montrer que la discussion est terminée. Lui: "Tu veux pas me parler, c'est ça? tu veux pas qu'on échange nos numéros?". Elle: "oui vous avez compris".
Il se lève et s'éloigne. Fin de l'acte I.
Acte II: où le dragueur tente alors de destabiliser sa proie pour la fragiliser et mieux attaquer après...
La tranquillité dure peu et le dragueur revient. "C'est pas possible t'es célibataire". En réponse, toujours le silence. Il renfonce le clou, elle répond: "pensez ce que vous voulez moi je sais ce que je dis". Lui: "non non c'est pas possible que tu ais un copain parce que sinon il serait là". La victime se dit qu'il a une conception du couple version siamois... mais non le bougre est très fort et va tenter un coup pas mal du tout. Un coup de poker, il commence à croire à l'histoire du copain et tente donc d'entamer la confiance de sa proie: "c'est pas possible que t'ais un copain. Obligé il serait là avec toi ou sinon... ça veut dire qu'il t'aime pas". Pas mal tenté surtout vu la suite: "moi si t'es ma copine, je te quitte pas. Alors tu vas où? tu rentres chez toi?". Pendant cette tirade, la victime a eu envie de rire mais se retient: "ça ne vous regarde pas où je vais. Ce n'est pas vos affaires". Il semble avoir compris et de nouveau il s'éloigne.
Acte III: où le dragueur revient pour essayer d'en mettre plein la vue à sa victime et de l'appâter de façon sournoise...
30 secondes se sont écoulées. La cible est installée dans le train et est un peu sur ses gardes car il lui semble avoir vu le dragueur monter dans le wagon. Effectivement le dragueur débarque et s'installe sur le siège d'à côté: "Tu veux pas me donner ton numéro parce que tu me connais pas. Mais si tu me le donnes, parce que je descends au prochain arrêt, on s'appelle et tu fais mieux ma connaissance." La cible qui en a marre, rappelons qu'elle tente de travailler, répond: "Je pense que vous m'avez mal compris. Je n'ai pas envie de faire connaissance avec vous. Peut-être vous êtes bon en business mais là ça ne marche pas." Lui: "Non mais écoute. Moi je suis doué en business, je devine les chiffres et je gagne de temps en temps aux courses. Bientôt je vais gagner et être très riche et là j'aurais toutes les filles qui me courront après...". En plus, le dragueur véhicule de vieux clichés selon lesquels les femmes ne s'intéressent qu'au fric...La victime a vraiment envie de rire! Il continue: "mais là tu vois je cherche une copine et je te dis qu'on peut s'appeler et faire connaissance un autre jour parce que t'es belle et que ton copain est pas là et que moi je me dis que c'est mieux que tu sois ma copine". Elle: "désolée pour toi mais non. ça ne m'intéresse pas." On approche de la station du dragueur. Il se lève et là va essayer de brûler sa dernière cartouche...
Acte IV: où le dragueur brûle sa dernière cartouche et joue sur la concupiscence et la libido de sa victime...
Cet acte est très court et reflète le désespoir du dragueur. Il se lève, le train va s'arrêter et, arrivé face aux escaliers, se retourne, lance un dernier regard à la ciblle et l'interpelle... et là! le clou de son spectacle... il lui dit: "c'est dommage on aurait fait l'amour comme des fous". Une voisine de la victime pouffe de rire derrière son livre, la victime se retient d'éclater de rire et attend qu'il soit sorti du train.
Un avis aux messieurs, la dernière tentative du dragueur est à tenter uniquement lorsque l'on a une carrure d'apollon et une belle gueule... sinon la phrase est à hurler de rire et ne pourra pas faire fléchir la victime.
Dragueurs du monde entier, fils spirituels de Jean-Claude Dus courage à vous...vous me faites bien rire.
Victimes du monde entier, un manuel de la victime devrait sortir bientôt aux éditions "Vous habitez chez vos parents?" dans la collection "c'est quoi ton numéro?", courage à vous aussi.
(*) TDC = Tombé du camion
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